Suite du voyage au Canada

En complément, j’aimerais donner notre sentiment général sur l’état d’esprit des canadiens qui nous ont accueillis. Fort de la mixité anglo-saxonne, les intervenants rencontrés décrivent avec « ferveur » le sens du service, le respect du défunt, la qualité de l’hommage,… Ils expliquent avec la même ferveur que le client doit payer à hauteur de la qualité du service et que l’opérateur est là pour gagner de l’argent. Un tel discours avec cette décontraction, serait difficile à porter au pays de la baguette.

Nos hôtes canadiens avaient prévu des visites d’installations telles que cimetières, maisons funéraires, écoles de formation… Ces structures sont à l’échelle du pays, c’est-à-dire gigantesques pour la plupart. Les cimetières sont soit privés, soit détenus par l’évêché ou des fabriques (paroisses), soit gérés par des associations. Leur conception et leur organisation ressemblent fortement à celles des voisins US, c’est-à-dire très peu minérales vs ce que nous connaissons principalement et insérées au mieux dans le paysage. A Laval (banlieue de Montréal), par exemple, le cimetière Magnus Poirier couvre des dizaines d’hectares totalement paysagés. On y écoute des concerts classiques, des associations d’ornithologues y observent des oiseaux migrateurs, on y fait du ski de fond l’hiver…

Nous avons pu y observer des « Mausolées », bâtiments accueillant des urnes mais également des milliers de cercueils à la manière de nos en-feux, à une échelle toutefois sans commune mesure. Des familles y réservent des « lots » privatisés pour des montants pouvant atteindre 500.000 CAD $. D’autres temps forts nous attendent… comme la location de cercueils ! En effet, dans le cas de crémation (80 % à Montréal), la réglementation ne fait pas obligation d’utiliser un cercueil, celui-ci est donc loué le temps de la cérémonie. Le cercueil le plus loué l’est à 1.995 CAD $.

Si nous avons pris le temps de visiter un opérateur parmi les majors (Magnus Poirier), nous avons également tenu à rencontrer un opérateur de taille plus « modeste », Eric Lesieur.

Nous avons découvert un opérateur (Eric Lesieur) traitant annuellement une centaine de dossiers il y a trois ans et qui, depuis qu’il a développé l’aquamation, a doublé son activité. Ce procédé est une alternative à l’inhumation ou la crémation, il est même appelé la « crémation par l’eau » !!! Le corps, sans vêtement, est introduit dans un cylindre dans lequel la machine va mettre du sodium et du potassium, de l’eau qui sera chauffée et mise en pression. Dans l’appareil à basse pression que nous avons vu, le corps est dissous en 8 à 10 heures, ne restent que les os qui seront pulvérisés et déposés dans une urne. Il existe une version à haute pression qui réalise l’opération en 4 heures environ. La « solution » est ensuite rejetée dans les eaux usées, procédé inimaginable chez nous aujourd’hui. L’opérateur est très explicite avec les familles qui acceptent, semble-t-il, facilement cette issue ! La technique n’est pas autorisée dans toutes les provinces du Canada, tout comme aux Etats-Unis où elle n’est autorisée que dans moins d’une dizaine d’états. Mais la démarche progresse. Ce type d’installation coûte environ 150.000 €.

Chez ce même opérateur, nous avons ensuite visité le columbarium d’une très belle esthétique, ce columbarium étant intégré dans la maison funéraire, tout comme les bureaux commerciaux… Les concessions de 25 ans sont vendues par l’opérateur pour son compte.

Nous avons ensuite visité une entreprise plus importante, où tout est également réfléchi sur le mode service ET business. Nous y avons rencontré le Président et le Vice-président des ventes (!), un Français, arrivé à Montréal il y a 16 ans et bouillonnant d’idées. On nous a présenté leur école qui combine une formation très poussée de conseiller funéraire et de thanatopracteur. Nous avons également visité des maisons funéraires dont l’accueil ressemble à celui d’un hôtel de bon niveau avec des salons pouvant accueillir plusieurs dizaines de personnes, des salles de restauration et toujours ces mausolées et ces columbariums. Nous y avons découvert un quatrième mode de sépulture, la cryogénisation, qui, quoique marginale, est une réalité. Les corps sont conservés dans de l’azote liquide à – 170 ° après avoir été transportés aux Etats-Unis.

Il était passionnant de rencontrer ces confrères et de partager leur vision du métier. A coup sûr, les quelques exemples cités ne sont pas transposables en l’état en France, tant pour des raisons réglementaires que culturelles mais également économiques. En effet, la création et la chaîne de valeur du métier valorise encore peu le service pour reposer sur le produit, en particulier le cercueil, presque exactement le contraire du modèle canadien.

Gardons cependant à l’esprit, qu’on le veuille ou non, que la plupart des tendances finissent toujours par traverser l’Atlantique…

Enfin, comme disent nos cousins lorsqu’on les remercie, « ça me fait plaisir » ! Cela en dit long sur l’état d’esprit.

Ce voyage a été une vraie découverte en deux points :
• Découverte de confrères et partenaires dans la délégation avec une cordialité forte et un bel esprit corporatiste ; de très belles amitiés sont nées de cette rencontre ce qui me permet dans mes activités quotidiennes de pouvoir m’appuyer sur des professionnels portant les mêmes valeurs que moi.
• Découverte de professionnels canadiens opérant le même métier que nous mais avec un autre regard. Une plus grande liberté d’actions sur le plan règlementaire et un avancement dans l’exploitation du service aux familles très poussé. Une administration des cimetières plus gérées et l’optimisation des espaces avec la construction des mausolées très instructive. La découverte de nouveaux procédés tels que l’aquamation ou la location de cercueil sont des ouvertures d’activité encore inimaginable dans nos contrées. La convention a également été l’occasion de rencontrer des professionnels d’autres pays et d’échanger sur leurs pratiques et leurs contraintes.
Je suis revenue avec de belles images, de belles idées transposables à nos pratiques et enrichies de très belles rencontres.

Annick GAMBART, Co-gérante Anémone funéraire
2019-02-12T16:07:12+02:00juin 27th, 2017|Actualités|0 Comments